L’instituteur est le premier à sursauter… Mais Duggle lui fait un digne pendant. Il blêmit et parle avec volubilité.

— Pas tant de chare ! je gueule, comme s’il pouvait m’entendre.

« Il nie ? je demande à l’instituteur.

— Oui.

— Dites-lui que ça n’est pas la peine, j’ai les preuves. Il introduisait des quantités très fortes de cocaïne dans ces fameux condensateurs, c’était une façon astucieuse d’exporter la drogue.

Voilà, maintenant je démarre à fond parce que je suis sûr de moi. Je retrouve cet état d’hypnose qui me guide toujours au grand final de mes enquêtes. C’est bon de se sentir fabriquer la vérité. Le décalage de cet interrogatoire est un atout de plus, il me permet de concrétiser ma pensée.

Je parle comme un médium, les yeux mi-clos… Je ne m’occupe pas de l’instituteur qui se grouille de traduire, éberlué par mes paroles.

— Il était en combine avec Standley, le pharmacien, Stone, Higgins, Martha Auburtin. Un jour, avec Martha, ils ont décidé de tricher et de garder par devers eux une petite quantité de coco sur les envois camouflés… La fille se chargeait d’écouler la came mise à gauche par Duggle.

— Permettez, fait le petit instituteur, que signifient les termes « camouflé », « came » et « mise à gauche » ?

Je balaie ces soucis de vocabulaire d’un geste…