Brandon me serre la pince…

— Je suppose que vous allez vous reposer un peu, dit-il. Allez à l’hôtel Wuich de ma part. Il se trouve près de la station « Elephant and Castle ».

— Merci…

Je lui tends la patte, on s’en serre cinq et me voilà tout seulard au milieu de la purée de pois.

Ce patelin, je vais vous dire, c’est exactement le dernier coin de la terre où j’irais porter mes pieds si je cherchais à m’expatrier. J’ai horreur du brouillard, moi… Mes éponges peuvent pas se contenter de vapeur. C’est lugubre et ça vous imprègne de tristesse jusqu’au plus intime du calbard.

Je danse d’un pied sur l’autre, indécis.

Vais-je suivre le conseil de Brandon et aller me fourrer dans une paire de draps, ou bien au contraire, dois-je décarrer sur le sentier tortueux de la guerre ?

J’opte rapido pour la seconde formule. Je n’ai pas sommeil et la petite cérémonie à laquelle je viens d’assister m’a chaviré le palpitant.

Je me mets à arpenter les rues désertes. Des voitures commencent à circuler. Tout est feutré et gris. Tout est sombre, hostile, farouche… Et moi je me sens comme le petit Poucet au milieu de la forêt après que les zoziaux eurent moufeté les miettes de brignole dont il marquait sa route…

Soudain j’avise un taxi en stationnement.