— Presque tout de suite…

— Comment était-il ?

Elle va aux informations auprès du père plume-volaille. Celui-ci fait une description qui m’est livrée mot à mot. Le mec-lanceur de boulettes était grand, jeune, blond. Il portait un complet bleu marine et un gilet de daim marron. C’est tout ce qu’on peut me dire…

— Y a-t-il autre chose pour votre complaisance ? demande la môme.

J’ai envie de lui proposer quelques cours de français supplémentaires, histoire de parfaire son vocabulaire… Des cours du soir pour adulte, de préférence. Mais décidément elle est trop locdue, trop triste.

— Oui, dis-je, il y a une chose que vous pouvez faire pour moi, c’est une paire d’œufs au bacon !

Elle passe la commande en direct à son employeur. Ce dernier, du moment que je deviens client, s’active. Il me désigne une table près d’un grand poêle en faïence, une table coquette avec une nappe à petits carreaux rouges…

Je m’assieds et c’est avec une joie féroce que je crève les jaunes de mes œufs.

En mastiquant allègrement je fais un petit voyage à rebours. C’est de cette salle d’auberge anglaise, qu’est parti le drame… Vous haussez les épaules ? Parole ! mon renifleur n’est pas une betterave. Depuis le temps qu’on se fréquente vous devez savoir que lorsque je démarre sur une piste, même inconsistante, c’est que quelque chose ne tourne pas rond… Je me suis rarement gouré. Là, le boss avec son crâne déplumé et ses manchettes amidonnées a vu juste. Il existe une affaire Rolle. Une affaire beaucoup moins simple que ne l’a cru la police anglaise.

Je bouffe lentement mes œufs frits en regardant la table qu’occupait le mystérieux couple…