— Je suis Hazaël, de sa maison, continua l’eunuque, et voici l’anneau avec le cachet royal pour qu’on m’obéisse. Je viens voir les navires que tu construis et donner mes ordres pour mon installation et celle d’une esclave que le roi me charge de conduire auprès du grand Pharaon d’Égypte. Tu dois te rendre auprès de ce souverain et lui remettre cette esclave après ton voyage à Jérusalem : voilà ce que dit le roi.
— Quelle installation ? dis-je, étonné. Un navire est un navire, et chaque chose, chaque homme embarqué, a sa place désignée par le capitaine et le pilote.
— Oh ! reprit l’eunuque, il faut que l’esclave du roi ait un logement séparé, ainsi que moi, avec des tentures et des tapis. Nous ne pouvons coucher grossièrement, comme les gens de mer, et vivre en contact avec des matelots goudronnés. »
Il me prit une forte envie d’envoyer l’eunuque Hazaël s’allonger sur un monceau de tessons de tonneaux qui se trouvait par là, pour voir s’il s’y jugerait couché mollement, mais je me contins, et je lui répondis :
« Si tout se borne à faire une cloison dans un coin de l’entrepont, ou bâtir sur le pont une cahute de planches, cela m’est indifférent. Je m’arrangerai pour la disposer de façon que cela ne gêne pas la manœuvre, et tu pourras la radouber, la gréer, la calfater, la tendre à ton aise. Par les gros temps, quand nous embarquerons de la lame, tes belles tentures seront perdues, et voilà tout. C’est ton affaire.
— Je veux deux chambres de douze coudées de long sur six de large, avec six siéges en bois de santal incrustés d’ivoire, des lits en marqueterie, des fenêtres encadrées.....
— Oh ! interrompis-je, tu y mettras tout ce que tu pourras y faire tenir et tu l’arrimeras de façon que le roulis y mette le moins de désordre possible. Mais pour la grandeur des cabines et leur emplacement, moi seul j’ai à la fixer, car à mon bord c’est moi seul qui commande, après les dieux. Par ainsi, tu diras au roi que l’installation de l’esclave et la tienne seront bien disposées par son serviteur et tu ne te mêleras plus de m’ordonner comment je dois l’entendre. »
C’est moi qui commande.
L’eunuque me regarda, surpris de ma hardiesse, mais il vit bien à mon air que je ne me laissais pas troubler sur mon terrain. Il balbutia donc quelques paroles pour me recommander de tout arranger au mieux et s’en alla d’un pas nonchalant, en négligeant de me saluer. Je le suivis des yeux un instant, puis je dis à Himilcon, qui avait tout entendu :