— Apprêtez-vous, apprêtez-vous, Phéniciens ! nous crièrent les Samnites. Voici les forbans qui approchent sur leurs vaisseaux ; voici les Tyrrheni !

— Ils contournent la pointe ; ils ont pillé les villages de nos alliés, là-bas au nord, et les ont emmenés en esclavage, criaient d’autres ; ils mettent tout à feu et à sang. Aux armes et à la montagne !

— Jonas ! m’écriai-je ; Jonas, souffle dans ta trompette, brute ! sonne l’alarme ; tout le monde à bord !

— Bon ! dit Chamaï en grimpant sur le pont. Et moi qui ai le bras droit tout endolori ! Heureusement que je suis bon gaucher ! Je crois qu’il va en cuire à ces Tyrrheni. »

Hannibal se dépêcha de coiffer son casque et de grouper ses hommes, avec lesquels il mit nos sept Phokiens. Les maîtres rameurs, le bâton à la main, gourmandant et battant leurs rameurs, eurent bientôt fait de les ranger sur leurs bancs. En quelques instants nous avions appareillé et nous nous tenions sous rame à trois stades de la côte, prêts à tout événement. Les Tyrrheni pouvaient venir.

« Qu’est-ce que c’est que ces nouveaux animaux-là ? me demanda Bicri en débouclant le couvercle de son carquois et en tendant son arc.

— Ce sont les Tyrrheni ou Rasennæ, gens du nord-ouest de la Vitalie, lui répondis-je, assez habiles marins et faisant sur ces côtes le commerce et la course. Mais ni eux ni leurs vaisseaux ne sont encore taillés à lutter sur mer contre les Sidoniens, et j’espère que cette course qu’ils font pourra bien finir à notre avantage, si les flancs de leurs navires sont suffisamment garnis de cargaison et de butin.

— Pour des Tyrrhéniens ou Rasennæ, dit Hannibal, je dois déclarer que je n’ai jamais battu ce peuple-là. Mais s’ils ont seulement de la chair et des os, des côtes qu’on puisse casser et des crânes qu’on puisse fendre, nous allons leur donner une leçon de tactique et d’art militaire à la manière d’Arvad. Je vais essayer sur eux la masse d’armes chaldéenne que m’a donnée le bon roi David. »

Le Cabire, sur mon ordre, se porta rapidement en avant, en serrant la côte autant que possible, pour ne pas être aperçu.

Il contourna la pointe d’où il avait vue le long de la côte et revint bientôt me rapporter qu’il avait aperçu cinq assez longs navires qui suivaient la côte sans avoir l’air de se presser, marchant à la rame et à la voile, pour tenir le dessus du vent, et avançant en courant de petites bordées. Nous avions largement une demi-heure devant nous avant qu’ils ne pussent nous voir. Ils tombaient tout droit dans notre embuscade.