En regardant autour de moi, je vis deux de nos barques hellènes qu’on n’avait pas encore coulées. On avait démoli toutes les autres, et on avait négligé celles-ci ; ceci me donna une idée.
« Combien de fond ? demandai-je à Himilcon.
— Dix coudées et fond de roche, me répondit le pilote.
— Les Tyrrhéniens calent six coudées pour leurs bateaux de course, dis-je.
— Oh ! dit Gisgon, qui était venu me faire le rapport et qui était encore sur l’Astarté, six coudées au moins. Ils sont très-bas sur l’eau, mais ils enfoncent beaucoup. C’est pourquoi ils roulent peu et sont lourds à la manœuvre.
— Bon, dis-je aussitôt. Vous allez me saborder ces deux mauvaises carcasses et me les couler là, coque, quille et mâts par mon travers.
— Compris, s’écrièrent ensemble Himilcon et le Celte sans oreilles. Ils vont être bien attrapés. »
En quelques instants, les deux barques furent coulées, faisant estacade de leurs débris à trois coudées sous l’eau. Le Cabire abattit sa voile et dépassa lentement la pointe, se traînant comme un bateau qui a des avaries.
Le Dagon se plaça à deux stades au large de moi, et je restai en place, la voile abattue, les rames traînantes, les boucliers rentrés, après avoir fait coucher tous les hommes d’armes à plat pont. J’avais l’air d’un inoffensif marchand qui a souffert dans son gréement. Le Dagon resta sous voile, courant de petites bordées, comme s’il venait à mon secours.
Nous étions prêts quand nous vîmes les cinq navires tyrrhéniens au large de la pointe.