Après l’avoir salué, je le complimentai sur sa bonne santé. Il me reconnut tout de suite.
« Hé ! me dit-il du ton facétieux qui lui était habituel, n’est-ce pas toi, Magon ? Magon le Sidonien, le plus fin capitaine et hardi navigateur qui ait jamais conduit une quille de bois de cèdre en Tarsis ?
— C’est moi-même, maître, lui répondis-je.
— Et quel est ce jeune homme avec toi ?
— C’est mon scribe Hannon ; Sidonien pareillement.
— Hé ! hé ! Magon, dit le vieux en se caressant la barbe, comment vont les braves gens que tu avais avec toi la dernière fois que je t’ai vu, Himilcon le borgne, et Gisgon-sans-Oreilles, et Amilcar ? Et comment va ta brave barque, le Gaditan ?
— Tout le monde va bien, maître, lui répondis-je, enchanté de son souvenir. Tous ceux dont tu parles sont avec moi, y compris mon bon Gaditan, qui s’appelle à présent le Cabire, et si tu veux regarder par ta fenêtre, tu peux voir mes bateaux à quai du Cothôn. »
Le vieux se mit à rire.
« Je les verrai, je les verrai, fit-il d’un air joyeux. Comme suffète amiral je dois les voir, tout comme j’ai vu le Melkarth quand il a passé ici il y a trois jours.
— Le Melkarth ! m’écriai-je. Le Melkarth et Bodmilcar ?