— Le Melkarth et Bodmilcar, répéta le suffète d’un ton goguenard. Ah ! tu les connais bien, Magon, et tu es un vieux poisson de mer, expert en toutes choses. Mais il est imprudent pour toi de te présenter ici après que Bodmilcar a passé.
— Imprudent ! m’écriai-je. Si le misérable Bodmilcar était présent, je le confondrais devant toi ! Ne sais-tu pas ce qu’il a fait ?
— Je sais, répondit Adonibal, que toi et ton scribe, vous allez rendre les épées que vous avez au côté, et qu’on va vous conduire dans les cachots du palais amiral, où vos gens ne tarderont pas à vous rejoindre. »
Je restai stupéfait, mais Hannon, dont la patience n’était pas le mérite, mit hardiment la main à la garde de son arme.
Hannon mit la main à la garde de son épée.
« Cette épée, fit-il d’un ton assuré, m’a été donnée par David, malik de la Judée. A qui me la demande, je la rends par la pointe, et dans le ventre. »
Deux gardes se jetèrent sur lui. Le vieux Adonibal se dressa de son fauteuil, pâle de fureur.
« Lâchez-le, cria-t-il, d’une voix tonnante, lâchez-le ! Il n’est pas besoin qu’on tienne les bras d’un homme devant moi ! Vos épées, sur-le-champ, ou je jure par Baal-Peor, dieu de Béryte, qu’avant qu’il soit un quart d’heure vos têtes seront pendues au plus haut créneau de cette tour ! »
Je savais qu’Adonibal n’était pas homme à prendre en vain le nom de son dieu de prédilection, surtout lorsqu’il s’agissait de faire abattre une tête ou deux. Mais ce n’était pas le moment de reculer.