« Magon, mon fils Magon, s’écria-t-il, je vois maintenant les preuves de la trahison de ce Tyrien. Aussi bien étais-je surpris d’une telle action de la part d’un homme comme toi, et de la complicité d’hommes comme Amilcar, Himilcon et Gisgon. Raconte-moi ce qui s’est passé. Je regrette ce que j’ai dit étant en colère, et sois tranquille, justice te sera rendue. »
Quand le suffète eut entendu mon récit, il ne put contenir son indignation.
« Par Baal-Péor, dieu de Béryte, que j’ai toujours honoré, dit-il, si Bodmilcar et ses Tyriens me tombent entre les mains, je les ferai attacher en croix une heure après, et tu me connais assez pour savoir si je tiens mes promesses. Or çà, brave scribe, avance ici ; tu me parais un homme hardi et déterminé, malgré ton jeune âge.
— Maître, répondit Hannon, je n’eusse point été si hardi si par Magon je n’avais appris ton renom de justice et de sagesse. Qu’avais-je à craindre ? Je pensais bien que tu saurais démêler la vérité.
— Bien répondu, dit le vieux en souriant. Magon, tu as trouvé là un habile homme. Holà ! vous autres, qu’on apporte le vin. Vous allez présentement vous rafraîchir avec moi, mes enfants ; et tout à l’heure, ceux des tiens que tu me désigneras, Magon, prendront leur repas avec vous et moi, et nous causerons tout à l’aise de nos affaires. »
Je le remerciai, et remis à un garde la liste de ceux que j’invitais, après qu’Hannon l’eut écrite.
« J’ai beaucoup à vous apprendre sur le compte de ce Bodmilcar, ajouta le suffète. Nous en parlerons, nous en parlerons. »
Là-dessus, comme on avait apporté le vin, il me tendit une grande et belle coupe de l’ivoire le plus blanc, cerclée d’argent de Tarsis, et on en offrit une semblable à Hannon.
« Eh bien, Magon, mon fils, me dit le vieux après que nous eûmes bu, je ne pense pas que tu sois venu dans cette ville d’Utique les mains vides. Tu fais ta cargaison pour le roi David, c’est fort bien ; mais tu es trop habile homme pour n’avoir pas quelque chose à nous vendre en passant. Hé ! hé ! que dis-tu, vieux poisson de mer ?