« Hé ! vous voilà, mes enfants, dit Adonibal ; approchez, que je vous voie. Vous vous êtes toujours bien portés, m’a-t-on dit ?

— Nous nous sommes bien portés, notre maître, répondirent-ils.

— Voici Amilcar, que j’ai vu mousse sur mon navire, reprit le vieux suffète, et à présent il est capitaine ! Et Himilcon, qui connaît si bien les constellations. Aimes-tu toujours le bon vin, Himilcon ?

— Toujours, maître, répondit le pilote. Le bon vin me conserve la vue et l’entendement.

— Tu as raison, tu as raison, dit le vieux. Et toi, Gisgon, n’as-tu pas encore retrouvé tes oreilles ?

— Les voici, dit Gisgon, dans cette bourse, et j’y ai ajouté trois jolies paires d’autres, celles des Sicules qui me les ont coupées. »

Adonibal se fit raconter notre combat chez les Sicules, et rit de bon cœur au récit de Gisgon. Ensuite on apporta le pain et la viande, et nous mangeâmes.

« Je suis content de vous voir, mes enfants, dit le suffète, et aussi de voir Asdrubal et ces deux capitaines ici. Je visiterai vos navires demain. Quand je les regarde par cette fenêtre, ils me paraissent beaux et bien construits.

— Maître suffète, lui dis-je, parmi ces Égyptiens que t’a vendus si subtilement Bodmilcar, ne se trouvait-il pas aussi quelques Helli, des Phokiens ?

— Une douzaine, mon fils, répondit le suffète.