Le repas étant fini, la veuve mit aussitôt son voile, et nous sortîmes tous derrière elle. Elle monta sur une mule richement caparaçonnée, accompagnée de deux esclaves écuyers bien vêtus, et précédée d’un coureur armé d’une baguette. Nous la suivîmes, nous rendant avec elle au palais amiral du suffète.

Elle montait une mule richement caparaçonnée.

Celui-ci nous reçut en sa grand’salle, assis sur un fauteuil de bois peint. Je lui exposai le but de ma visite.

« Ah ! me dit-il, si tu étais arrivé quatre jours plus tôt, tu eusses pu aisément t’entendre avec un capitaine de Tyr qui était ici et qui est parti pour les mines.

— Quel capitaine ? lui demandai-je tout de suite, dressant l’oreille ; ne s’appelait-il pas Bodmilcar ?

— Justement, me répondit l’amiral, et il était suivi d’une troupe de gens de fort mauvaise mine ; mais ce qu’on demande aux chercheurs d’argent n’a rien à faire avec leur conduite passée. Toujours est-il que les gens de ce Bodmilcar avaient tout à fait la tournure de voleurs et de meurtriers....

— Qu’ils sont en effet ! m’écriai-je ; et leur chef ne vaut pas mieux qu’eux. Lis toi-même cette lettre que t’adresse Adonibal, amiral d’Utique, et tu sauras qui est ce Bodmilcar !

— Par Astarté ! s’écria le suffète quand il eut fini de lire, cet homme est un grand scélérat. Je vais te donner avec toi cinquante marins et guerriers bien armés, pour que tu purges la terre de ce coquin, si tu viens à le rencontrer. Je ne puis pas me séparer de plus de monde ; mais au moment de partir pour l’intérieur il est nécessaire que tu te renforces, car il y a toutes sortes de gens aux mines, et ils pourraient bien se mettre tous d’accord pour tomber sur le nouveau venu. Plus tard, quand nous nous renforcerons, j’espère que nous établirons notre autorité dans ces quartiers ; en attendant, c’est au plus fort.