— Jeune homme, répondit flegmatiquement le chef des travaux, nous n’avons que faire ici de vos longueurs et de vos épées. Procurez-moi plutôt quelque bonne coupe de vin à boire ; et puisque vous êtes tellement à l’épreuve du danger, je vous indiquerai, moi, de bons gisements. L’argent est l’argent, n’est-ce pas ?
— Et le bon vin est le bon vin, répondit Himilcon. Homme d’Arvad, tu as raison.
— Or çà, dis-je tout de suite, qu’on apporte une outre du meilleur vin de Byblos, et nous causerons plus à l’aise avec le seigneur chef de ces mines en le dégustant ici.
— Voilà qui est bien parlé, s’écria le chef des travaux, et je ne veux pas demeurer en reste avec vous. Qu’on m’égorge un jeune bœuf, des meilleurs, et qu’on fasse un festin à nos compatriotes. Ils nous donneront des nouvelles de Phénicie, et nous leur dirons des nouvelles de Tarsis et des gisements argentifères. »
Là-dessus, l’homme d’Arvad frappa trois fois dans ses mains. L’intendant de ses esclaves parut aussitôt, et il lui donna des ordres pour le festin, qu’on nous prépara à l’ombre d’un bouquet d’arbres.
« Écoutez, nous dit le mineur, vous me faites l’effet de braves gens, et puis vous êtes en force. Moi, j’aime les gens qui sont en force, et je les respecte. Puisque Hannibal est avec vous, et qu’il est de ma ville d’Arvad, et puisque vous m’offrez de bon vin à boire, je vais vous donner un bon conseil et un bon renseignement aussi, que tous les dieux infernaux m’emportent ! Sur le territoire du chef voisin de celui qui est l’allié de la Tsiba, il y a des filons de la plus grande richesse. Les sauvages sont hostiles, vous avez de la pacotille pour les rendre aimables, et au besoin vous avez vos flèches et vos épées, n’est-il pas vrai ?
— Tout à fait vrai, répondis-je. A combien de marche est le district en question de l’endroit où on peut arriver à flot ?
— Trois petites journées.
— Et les moyens de communication ?
— Néant. Pas de route. Des bois et des ravins tout le temps. Ni chevaux, ni ânes, ni mulets.