On ne faisait pas de quartier.
Nous revenions tristement vers le ravin où nous avions été surpris par l’embuscade, repoussant sur notre chemin les Ibères qui nous harcelaient. Au bord du ravin, nous serrâmes nos rangs, et après avoir constaté qu’Amilcar, les deux femmes et les archers étaient là, je comptai mon monde. Six hommes étaient tombés en route, sous les lances de nos ennemis. J’étais inquiet maintenant d’Hannibal et de Chamaï ; mais j’entendis bientôt leurs trompettes sonner de l’autre côté de la coupure de terrain et je vis leur troupe se former en bon ordre sur la crête en face de nous ; Bicri était avec eux et dans leurs rangs ; ils conduisaient une quarantaine de prisonniers. Je cherchai des yeux Aminoclès, quand je l’aperçus au milieu des autres, portant un enfant dans ses bras. Au milieu des prisonniers demi-nus, je distinguai aussi une femme, deux hommes en kitonet et un autre, vêtu d’une longue robe la syrienne. Hannibal, debout devant les autres, me faisait toutes sortes de signes d’amitié et de saluts avec son épée, et Chamaï, la tête nue et le front ensanglanté, mais le visage rayonnant, descendit la pente en courant et remonta de mon côté. Naturellement, il embrassa Abigaïl en passant : je n’y faisais plus attention.
En courant vers moi, Chamaï me cria hors d’haleine :
« Nous les avons vus, et de près encore »
Et il me montra son front traversé par une estafilade et son épée ensanglantée.
« Qui avez-vous vu ? lui dis-je. Les Ibères ? nous les avons vus aussi.
— Eh ! qui parle des Ibères ? fit Chamaï en soufflant. C’est de nos Tyriens déserteurs que je parle ! Et du coquin d’Hazaël que voilà là-bas, et du fils d’Aminoclès qu’ils ont voulu assassiner ! »
Je ne pus retenir une exclamation.