« Et Bodmilcar ? m’écriai-je.
— Bodmilcar ? Il a un joli coup d’épée dans les côtes ; c’est Hannibal qui le lui a donné, et sans ce revers de coutelas qui m’est tombé sur la figure, nous l’enlevions. Mais ils ont réussi à nous l’arracher et à faire leur retraite dans les bois. »
Dans l’émotion où j’étais, j’oubliai le sort du malheureux Hannon, et notre position difficile, et nos lingots d’argent par terre. Je ne pensais plus qu’à mon ennemi, et tout entier au désir de me venger, je dis à Chamaï et à mes hommes :
« Passons tout de suite de l’autre côté du ravin. Il faut nous mettre à la poursuite de Bodmilcar et le retrouver mort ou vif. »
Nous redescendîmes aussitôt pour franchir la coupure. Amilcar, les archers et les deux femmes nous suivirent. Chryséis n’avait pas besoin d’explications pour comprendre la triste vérité. Himilcon lui fit voir l’écritoire tachée de sang. Abigaïl la soutenait en pleurant, mais elle marchait en silence, les mains serrées l’une contre l’autre, et comprimant ses sanglots. Seulement, au mouvement convulsif de ses épaules, on voyait son émotion extraordinaire.
Chamaï, devinant à moitié la cause d’une si grande douleur, dit rapidement à Himilcon :
« Et Hannon ? Et Jonas ? »
Le pilote haussa les épaules et se borna à montrer à Chamaï le bois d’où nous descendions.
Comme j’arrivais auprès d’Hannibal, celui-ci vint à moi l’air joyeux ; mais, à la vue de Chryséis et d’Abigaïl en pleurs, il chercha tout de suite qui manquait dans notre troupe.