L’impatient Chamaï reprit le premier la parole :
« Par El Adonaï, mon dieu, s’écria-t-il, je ne te croyais point capable de cela, capitaine Magon !
— Et par Nergal, et par tout ce que tu voudras, cria tumultueusement Hannibal, que t’avons-nous fait pour que tu nous traites ainsi ?
— En quoi vous ai-je maltraités ? répondis-je. Nous avons tou- jours vécu ensemble en bons et loyaux amis. Maintenant que notre voyage est fini, je mets un navire à votre disposition pour vous ramener dans votre pays, chargés de richesses. Vous y vivrez paisibles et heureux.
— Alors, pourquoi ne retournes-tu pas toi-même ? dit Hannibal.
— Parce que moi, avec mes vieux Sidoniens, je vais faire un voyage de découvertes par mer, pour chercher s’il n’existe pas au nord des îles et des continents, et si on ne peut pas atteindre le pays des Celtes en contournant le Tarsis par l’ouest.
— Et nous, dit le bouillant Chamaï, nous serions assez lâches et assez ingrats pour jouir de l’honneur et des richesses que tu nous as procurés, pendant que tu cours les périls de la mer ?
— Nous déserterions l’armée avant que la guerre soit finie ? tonna Hannibal indigné. Retourne qui veut : je reste !
— Et moi aussi, dit Chamaï.