— Si Chamaï reste, je ne m’en vais pas, » dit Abigaïl.
Saisi d’émotion, je serrai mes dévoués compagnons dans mes bras.
« Eh bien, m’écriai-je ne nous séparons plus ! Et que les dieux récompensent votre courage et votre fidélité ! Je vais dresser tout de suite la liste de ceux qui veulent se rapatrier. Voyons, toi, Aminoclès, avec ton fils ? et toi, Chryséis ?
— Mon fils, dit Aminoclès, est en compagnie de guerriers illustres, de héros vaillants. Il apprendra leurs vertus en partageant leurs travaux. Je reste aussi.
— Moi, dit Chryséis, tu m’as délivrée de l’esclavage. Je resterai. Peut-être les dieux récompenseront-ils ma constance en me rendant mon fiancé Hannon. »
Quant à Bicri, il sifflait d’un air tellement méprisant, qu’il était inutile de l’interroger.
« Tu n’as rien dit, toi, jeune archer ? lui demandai-je.
— Je n’avais rien à dire, me répondit-il. J’ai planté quarante pieds de vigne dans la concession de Tsiba. J’irai au nord avec vous autres, et quand nous repasserons par Tarsis, je verrai si mes boutures ont bien pris et si elles donneront de bon vin.
— Bicri, tu es un homme rempli de vertus ! s’écria Himilcon en l’embrassant tendrement. Des générations d’ivrognes se transmettront ton nom en cette terre de Tarsis. Que les Cabires les protégent et fassent fructifier tes vignes !
— C’est bon, ajouta l’archer. Avec Guébal et le petit Dionysos, nous en ferons encore bien d’autres. C’est seulement dommage que cette brute de Jonas n’y soit plus. »