En définitive, personne ne voulut partir. Je traitai avec un capitaine de Sidon pour qu’il rapportât mon chargement, et je m’occupai tout de suite de compléter mes équipages et mes provisions et de faire tous les préparatifs en vue de mon voyage de découvertes.

Le jour même de notre départ, comme je prenais congé de Tsiba et du suffète amiral, un grand concours de peuple était assemblé à l’entrée du port. On y dressait deux splendides colonnes de bronze portant, l’une l’image du soleil, et l’autre celle du dieu Melkarth.

« Qu’est-ce que ces colonnes que vous dressez là ? demandai-je.

— Ce sont les colonnes de Melkarth, qui doivent indiquer les limites de la terre, me fut-il répondu. Au delà, tu sais bien qu’il n’y a plus rien que l’océan.

— C’est ce que nous verrons bien ! » répondis-je.

Et pensant à l’oracle libyen, je m’embarquai le cœur gonflé d’orgueil et d’espérance.

XVI

Sur l’Océan.

Pendant huit jours, je naviguai hardiment vers le nord, longeant la côte ; le huitième jour, je doublai un promontoire élevé et je tournai à l’est. La côte était formée d’une chaîne de hautes montagnes, dont le pied était battu par l’océan. Jamais je n’avais encore vu parages plus difficiles, vagues plus hautes et plus furieuses. Quinze jours durant, nos navires se débattirent au milieu de tempêtes sans nom. Il y eut un cap qui nous prit quatre jours à doubler. Enfin, la côte retourna vers le nord, les montagnes cessèrent et j’arrivai à des plages basses et sablonneuses et dans des eaux plus tranquilles. Nous étions tous épuisés.