« Baal Chamaïm, seigneur des cieux ! »

Un murmure de terreur parcourut l’assistance prosternée. Le dieu Jouno avait parlé !

« Jonas, triple brute, veux-tu te taire ! » s’écria le prêtre Hannon d’un ton solennel, mais en bon et intelligible phénicien.

Le dieu fit un soubresaut et ferma la bouche. Les fidèles frissonnaient de frayeur.

Le dieu Jouno.

Mais voilà que de grands cris s’élevèrent du dehors, et que quelque chose de fauve et de velu se précipita en bondissant par la porte ouverte, et s’élança d’un saut sur la tête crépue de l’idole, lui tirant les cheveux, l’égratignant, le mordant et l’embrassant à la fois. Tous les sauvages se levèrent, hurlant, gesticulant et donnant les marques de la peur la plus insensée. Quelques-uns même s’enfuirent. Mais le désordre fut à son comble quand l’idole, se levant tout de son haut, bouscula ses ornements, lâcha sa trompette, saisit l’être cramponné à sa chevelure et le serra dans ses bras en s’écriant :

« Guébal ! Te voilà, petit homme ! Comment vas-tu ? Reconnais-tu ton ami Jonas ? »

A l’aspect effroyable du singe, créature si nouvelle pour eux, à la vue de l’émotion du dieu Jouno, à ses paroles mystérieuses, tous les sauvages s’enfuirent terrifiés. En un clin d’œil le temple fut vide.

Aussitôt, et ostensiblement, Chamaï donna un grand coup de poing sur la figure de la divinité, pendant qu’Hannon lui détachait un grand coup de pied du côté opposé. Mais Jonas resta insensible à ces chiquenaudes.