« Bonjour, capitaine, s’écria-t-il ; bonjour, seigneur Hannibal ; bonjour, Himilcon, et bonjour aussi, petit Bicri. A présent que je suis dieu, que voulez-vous que je vous fasse servir à manger ?
— Je veux, dit vivement Hannon, que tu commences par te taire, que tu remontes sur ton estrade et que tu y restes complétement immobile pendant que je parlerai. »
Jonas parut hésiter. Sa dignité céleste lui montait à la tête et le rendait très-indiscipliné.
« J’ai une outre de vin pour toi si tu obéis, » dis-je tout de suite. Cette fois le dieu fut vaincu. Il s’accroupit sur son estrade sans murmurer. Hannon se dépêcha de l’envelopper de ses oripeaux et Bicri siffla le singe qui lui sauta sur l’épaule.
« Voilà le messager tout trouvé, dit Hannon. Tiens, Guébal, porte, porte à Amilcar ; vivement, tu auras des gâteaux. »
Le singe saisit le fragment de cuir que lui tendait Hannon, fit une grimace, claqua des dents et s’enfuit sur trois mains par la porte du temple.
Un murmure de surprise et de peur nous apprit qu’il passait au milieu des Souomi.
« A présent, dit Hannon, ma lettre est en route ; tout marche à souhait ; prosternez-vous devant Jonas : les sauvages peuvent rentrer. »
Nous nous empressâmes d’obéir à Hannon malgré Jonas, qui se trémoussa sur son autel et dit à deux ou trois reprises :
« Mais non, amiral ; mais non, capitaine, mais.... » Chamaï lui ferma la bouche d’un nouveau coup de poing, puis se prosterna aussitôt devant lui, en donnant les marques du plus profond respect. Hannon, debout à la porte, haranguait les sauvages, les rassurant et les exhortant à rentrer.