Les plus hardis se décidèrent peu à peu, et une cinquantaine se réunirent dans le temple, l’oreille basse et tout tremblants.

Jonas emboucha sur-le-champ sa trompette et leur sonna des fanfares cacophoniques ; après quoi Hannon leur fit un beau discours. Son éloquence eut son succès accoutumé. Ils nous laissèrent seuls, et j’entendis qu’ils plaçaient des sentinelles à la porte pour empêcher tout le monde d’entrer. Alors Hannon, après avoir regardé s’il n’y avait plus de danger d’être dérangé, éteignit toutes les lampes et les torches, à l’exception de deux, et nous attira dans le coin le plus obscur du temple. Jonas, lançant ses oripeaux dans toutes les directions, nous y suivit sans qu’on eût besoin de rien lui dire.

XVIII

Jonas devient ambitieux.

La première parole de Jonas fut :

« Et mon vin ?

— Tout à l’heure, lui dis-je ; dans deux ou trois mois ; patiente un peu. »

Le sonneur me regarda d’un air hébété.