« Bonnes nouvelles, capitaine ! me cria Himilcon du plus loin qu’il me vit. Bonnes nouvelles ! Nous avons des nouvelles de Bodmilcar ! »
Dans mon impatience, je courus au-devant d’eux.
« Parlez vite ! m’écriai-je, que savez-vous ?
— Cet homme que tu vois ici, me répondit Himilcon, vient tout droit des navires de ce scélérat. Voyant à qui il avait affaire, il s’est enfui. Nous l’avons rencontré à la taverne, fort altéré....
— Et comme nous étions fort altérés nous-mêmes, dit Gisgon....
— Et qu’on ne doit pas laisser un honnête marin souffrir de la soif, reprit Himilcon, qui titubait légèrement, nous avons fait venir double ration pour ce garçon. Voilà !
— Mais où est Bodmilcar dans tout ceci ? m’écriai-je, irrité des lenteurs du pilote ivrogne. Parle donc, et laisse là tes coupes et tes rations, et ta soif sempiternelle.
— Laisser ma soif ? dit Himilcon. Par les Cabires ! c’est ma soif qui ne me laisse pas. Mais il faut me donner le temps de dire les choses comme il faut, si tu veux les apprendre en ordre et convenablement.
— Que Khousor Phtah t’écrase ! m’écriai-je exaspéré. Il est entré tant de vin dans ta bouche qu’il n’en sortira rien de sensé. Parle, toi, matelot, et dis-moi d’où tu viens ?
— Il vient du cabaret, de la taverne, comme nous ! » s’écria Himilcon.