Pendant que nous parlions, j’observai que plusieurs des Libyens portaient au cou, aux bras, aux oreilles des ornements faits d’un métal que je reconnus être de l’or. Je leur demandai si cet or venait de leurs îles ?
Ils me répondirent que non, qu’ils le tenaient, soit en poudre, soit en petits morceaux, des Garamantes de terre ferme qui le recueillaient dans certaines rivières, à l’aide d’une toison de mouton.
Je leur proposai tout de suite de leur acheter leur or, et je leur offris en échange les plus beaux bijoux de verre, les meilleurs habits et les plus riches étoffes qui me restaient. Ils se trouvèrent très-disposés à mon troc et paraissaient attacher un prix médiocre à leur or. Pour un flacon de verre, j’avais le creux de ma main rempli de poudre d’or ; pour une épée, une pointe de lance, un couteau, ils me donnaient le poids égal en or. Quand mes hommes virent qu’il en était ainsi, leur joie ne connut plus de bornes ; j’eus toutes les peines du monde à les empêcher de vendre leurs armes, et il ne resta pas une bouteille à bord. Hannibal vendit son cimier et son panache, et Jonas sa trompette.
« Je m’en ferai faire une tout en or, pour sonner devant le roi, disait-il. Ah ! le merveilleux pays, et comme je suis content d’être venu ! S’ils veulent me prendre pour dieu, je renonce à tout et je reste. »
Je m’établis pendant quinze jours dans cette île, achetant de l’or et radoubant mes navires. Cette terre admirable produit aussi les plus beaux fruits du monde. On y rencontre un fruit écailleux délicieux à manger ; les vallées sont couvertes d’orangers séculaires, et les montagnes d’arbres magnifiques où voltigent des petits oiseaux au plumage jaune, dont le chant nous ravissait de plaisir. Bicri, assez indifférent à l’or une fois qu’il en eut de quoi garnir son carquois et son baudrier, passait son temps à courir les bois avec Dionysos. Il attrapa plusieurs de ces oiseaux, pour lesquels il fit une cage : mais ils sont tous morts pendant la traversée. Quant à Guébal, il se plaisait tellement dans ce pays, qu’il fallut l’attacher pour l’empêcher de se sauver.
Il attrapa plusieurs de ces oiseaux.
Enfin, je quittai ce délicieux archipel, bien restauré et bien ravitaillé. Je le nommai « les Iles Fortunées ».
Dès que nous eûmes repris la mer, je n’eus pas besoin de demander à nos compagnons où nous devions aller.