— Cette épée que tu vois, et ce baudrier orné de pourpre, répondit Hannibal la bouche pleine, sont un présent de Joab, général des armées du Malik David et son cousin. Je commandais vingt archers sous ses ordres à la bataille de Gabaon, où les Philistins furent défaits dans le bois des mûriers. J’ai tenu garnison deux ans à Hamath dans les troupes de Naharaï, écuyer de Joab, et l’un des trente-sept vaillants du roi. C’est en revenant de là que je commandai les hommes d’armes sur le navire du bon Asdrubal, ici présent, quand les galères de Sidon firent l’expédition contre les Ciliciens.
— J’ai beaucoup entendu parler de cette expédition, dit Himilcon. Nous étions ce moment-là du côté de Gadès.
— Et nous, dit Amilcar, nous faisions la course sur les côtes des Ethiopiens, au sud de la mer des Roseaux[7], pour le service du Pharaon. C’est dans ces mers qu’on trouve les coquillages où sont les perles et les poissons monstrueux qui avalent un homme tout entier. »
En ce moment, une jeune femme, une prêtresse du temple, parut dans notre cercle.
« Voici l’image de Baaltis, ami marin, dit-elle à Hannon, en lui tendant un paquet enveloppé de linges. J’ai fait sur elle des incantations, j’ai brûlé des parfums, je l’ai ointe d’onguents précieux. Je l’ai présentée à la déesse, qui l’a favorisée. Prends-la, Sidonien, et qu’elle porte bonheur à ton navire, aux navires qui l’accompagnent et à tous ceux qui seront dessus. »
Le prêtre-chef revint lui-même et nous apporta les autres images, sauf celle de Melkarth que Bodmilcar s’était chargé de chercher. Himilcon réclama celle des Cabires qu’il voulait porter jusqu’au quai avant de la céder au capitaine du navire consacré à ces dieux, et la prêtresse s’offrit à nous accompagner et à faire, avant notre départ, des aspersions sur toutes les divinités.
« Eh bien, et ton vœu aux Cabires ? dis-je à Himilcon quand nous nous levâmes.
— Quel vœu ?
— Tes vingt sicles et ton bœuf.
— Ah oui, quand nous serons à Tarsis. Les Cabires me connaissent bien et ne veulent pas que je paye d’avance. Il faut d’abord que j’attrappe mon éborgneur.