« Magon, mon cher Magon, mon bon frère ! s’écriait-il sans cesse. Te voilà donc, et voilà le bon Himilcon ! Tout le monde en Phénicie te croyait mort et perdu ! Par tous les dieux, c’est un miracle manifeste d’Astarté ! et il faut que ce soit vous qui me sauviez du péril ! »
Là-dessus, Ettbal m’embrassait encore, puis mettait ses deux mains sur mes épaules pour bien me regarder.
« Est-ce bien toi ? s’écriait-il. Et par quelles prodigieuses aventures te trouves-tu en ces parages ?
— Tout d’abord, lui dis-je, informe-moi en quels parages je suis, car je l’ignore moi-même. »
Ettbal me regarda, de l’air le plus surpris du monde.
« Tu ignores où tu es ! s’écria-t-il. Te ris-tu de moi ?
— Aussi vrai que nous ne buvons que de l’eau depuis deux mois, dit Himilcon, aussi vrai que nous avons bu de l’huile de poisson, et tenu le soleil à notre gauche, et perdu les Cabires de vue, nous ignorons absolument où nous sommes !
— Tout ce que dit Himilcon est scrupuleusement vrai, » ajoutai-je.
Ettbal hocha la tête. Il pensait certainement avoir affaire à des fous.
« Vous avez tenu le soleil à votre gauche ! dit-il d’un air stupéfait. Et vous avez perdu les Cabires de vue ?