— Oui, oui, reprit Himilcon, et nous avons bu de l’huile de poisson, et bien autre chose, et voici deux mois que nous ne connaissons plus le vin que de réputation.

— Oui, répétai-je ; mais par tous les dieux ! informe-nous dans quels parages nous sommes et d’où tu viens !

— Voilà qui est merveilleux, balbutia Ettbal, de trouver Magon à deux jours de navigation des bouches de la mer des Roseaux, à six jours d’Ophir, venant du sud quatre ans après qu’il est parti à l’ouest pour Tarsis, et de l’entendre dire qu’il ne sait pas où il est ! »

Je poussai un cri de joie.

« Ah ! m’écriai-je en battant des mains, j’avais donc raison ! Asdrubal, Amilcar, Himilcon, Gisgon, avais-je raison ? Et toi Hannon, et toi Hannibal, et toi Chamaï, me croyez-vous à présent ? Et quand nous partîmes des Iles Fortunées n’étais-je pas sur la bonne route de l’Égypte ? »

Cette fois, Ettbal me crut complétement fou.

« Qu’est-ce que les Iles Fortunées ? murmura-t-il.

— Et qu’est-ce que l’île Preudayn, et les îles de l’Étain, et le fleuve des Souomi, et le Chariot des Dieux ? s’écria Himilcon, triomphant. Ah ! vous autres caboteurs, vous autres côtiers, vous croyez connaître les choses ? Mais vous n’êtes que des navigateurs de rivière montés sur des coquilles de noix ! Il faut laisser la connaissance de la mer à des hauturiers comme nous ! »

Cette fois, Ettbal se fâcha tout rouge. C’était un bon marin, un vrai Sidonien, et les poissons de mer de Sidon n’aiment pas qu’on se moque de leur navigation.