Nous suivîmes le cavalier chaldéen, escortés par la troupe de ses soldats. Bientôt nous passâmes au milieu d’un parc de chariots de guerre, puis devant un camp d’Assyriens de Mésopotamie, gens de pied armés de longues lances et de masses d’armes, et pour le visage, semblables aux gens de Juda. Plus loin, nous vîmes la troupe farouche des Mèdes récemment soumis à l’empire de Ninive et de Babylone ; ces Mèdes, dont les pères conquirent autrefois Ninive et lui donnèrent des rois, nous regardaient passer en faisant de grossières plaisanteries dans leur langue. Ce sont des hommes à la structure trapue, à la tête ronde, à la barbe clair-semée et à l’œil oblique. Armés d’épées suspendues à un baudrier et d’arcs courts, mais très-forts, leur troupe est redoutable. A côté des Mèdes s’agitaient des Arabes, venus avec leurs chameaux. Ces Arabes, demi-nus et criards, font aussi partie du contingent des rois d’Assyrie. Au milieu d’eux, je reconnus des marchands d’esclaves madianites et plusieurs Phéniciens qui suivent partout les armées comme fournisseurs, et aussi pour acheter aux soldats le butin de guerre et les esclaves.
Nous nous arrêtâmes au milieu d’un camp de cavaliers chaldéens, devant une grande tente ronde couverte de belles étoffes. Des Carduques à pied la gardaient, la masse d’armes ou l’épée au poing. Ils étaient armés de demi-cuirasses, de jambières, de casques empanachés et de boucliers ronds. C’était la tente du « Terrible ».
« Entrez, nous dit le chef de milliers d’un air goguenard ; entrez, gens marins, et tâchez que le Terrible vous reçoive bien. Peut-être, en votre honneur, sortira-t-il de ses humeurs. »
Là-dessus, le Chaldéen éclata bêtement de rire, fit caracoler son cheval, et partit au galop, suivi de ses hommes.
« Holà ! cria derrière lui Chamaï furieux ; holà ! grossier brutal, est-ce ainsi qu’on parle à des capitaines ? Les quitte-t-on sans les saluer ? sommes-nous moins que toi ? »
Mais le Chaldéen ne l’entendit pas. Il était déjà loin.
Les soldats carduques nous considéraient attentivement, échangeant entre eux des réflexions à voix basse. Les riches vêtements d’Hannon, présent de la reine de Saba, attiraient surtout leurs regards.
« C’est toi qui es le chef ? dit l’un d’eux à Hannon.
— Non, le voici, » répondit Hannon en me désignant.
Or j’étais vêtu de mes vieux habits de bord, usés et fripés par la mer.