Les Carduques me regardèrent avec surprise, et pensèrent tout de suite à quelque déguisement, car, chez eux, l’autorité ne va pas sans le luxe des armes et des habits.

« Et vous venez voir le Balazou ? reprit le soldat.

— Nous venons le voir, » répondis-je.

Le soldat pénétra sous la tente en courbant le dos et ressortit un instant après.

« Entrez, » dit-il.

J’entrai hardiment, suivi des miens.

Au fond de cette tente très-vaste, et où se trouvaient déjà de nombreux chefs et esclaves, un homme magnifiquement vêtu, mais sans armure, était assis ou plutôt vautré sur un lit de repos. Des gardes armés se tenaient à ses côtés, et devant lui deux échansons présentaient des coupes de vin dont il ne paraissait guère avoir besoin, car il était parfaitement ivre. C’était le Balazou.

Nous nous inclinâmes profondément devant lui, à l’exception du seul Bicri. J’avais déjà maintes fois remarqué que le jeune archer avait ses idées à lui et n’en faisait guère qu’à sa tête.

Le Balazou, repoussant un des échansons debout devant lui, nous considéra attentivement. C’était un homme de haute taille, la barbe abondante et bien frisée, les cheveux reluisants d’essences, la mâchoire lourde et les lèvres épaisses. Il était vêtu d’une robe rouge à ramages et à broderie et d’une tunique frangée. Sa masse d’armes, terminée par une tête de bœuf, était déposée sur le lit à côté de lui. Il nous regardait en clignant des yeux, en hochant la tête et en faisant toutes sortes de mines. Voyant cela, ses gens ricanaient et l’imitaient pour lui faire leur cour. Nous gardions le silence, attendant qu’il parlât.

A la fin, il se décida.