« Holà ! cria-t-il d’une voix avinée, qu’on me saisisse ces deux grands-là et le jeune homme armé d’un arc, qu’on leur donne vingt-cinq coups de fouet et qu’on les enrôle ensuite parmi mes archers : ils sont bien faits et de bonne mine ! »
Je restai si stupéfait que je ne sus que répondre. Hannibal fit un pas en avant, les poings serrés et regardant le Balazou avec des yeux enflammés. Mais le Balazou ne s’en aperçut pas.
« Quant à celui qui a un baudrier d’or, continua-t-il, qu’on le dépouille nu comme un ver et qu’on le mette avec mes esclaves. Et quant au vieux borgne et à l’autre rabougri, qu’on me les pende ou qu’on leur coupe la tête ; cela m’est égal !
— Hein ? s’écria le premier Himilcon ; c’est moi, pilote Sidonien, que tu appelles vieux borgne ? Et c’est le fameux amiral Magon que tu appelles vieux rabougri ? »
Le Terrible partit d’un éclat de rire.
« Allez, dit-il, et empoignez-moi ces gens-là. Faites comme j’ai dit ! »
Plusieurs hommes s’avancèrent sur nous. Le Balazou prit la coupe des mains d’un de ses échansons, la vida d’un trait et la lui jeta à la face.
Un Chaldéen leva la main sur moi : je le repoussai rudement. En même temps, je vis Himilcon dégainer son coutelas. Hannibal se jeta sur l’homme qui venait pour le saisir, et le frappant des deux poings, à la manière des Kymris de Preudayn, au visage et dans les yeux, il le terrassa sur place. Chamaï, imitant les Celtes d’Armor, fondit sur un autre la tête baissée, et d’un furieux coup de tête dans le creux de l’estomac l’envoya rouler contre la paroi de la tente, où il resta étendu comme un homme mort. Mais Bicri, l’agile Bicri, plus leste et plus réfléchi que les autres, bondit comme chat, retomba sur le lit de repos du Balazou étendu, lui mit le genou sur la poitrine, et d’une main le saisissant par la barbe, de l’autre il tira son couteau et lui porta la pointe à la gorge.
« Bravo, Bicri ! s’écria Hannibal en mettant l’épée à la main. Bien joué, Bicri !