— Vive le roi ! cria Chamaï en se redressant l’épée haute. Tiens ferme, Bicri ! »

Hannon et moi dégainâmes aussi. Himilcon, saisissant un Chaldéen par le cou, le terrassa d’un de ces tours de main de matelot qui surprennent toujours les gens de terre.

Mes huit marins, voyant de quoi il retournait, posèrent leurs caisses à terre et dégainèrent tranquillement leurs coutelas.

« Faut-il le saigner ? me dit Bicri avec son flegme ordinaire.

— Attends un peu, répondis-je. Toi, Balazou, si tu cries, mon jeune homme te coupera la gorge ; et vous, gens de guerre, si vous appelez à l’aide, ou si vous faites un mouvement contre nous, votre chef est un homme mort.

— Restez calmes, restez calmes, restez calmes, ô guerriers ! » dit par trois fois le Terrible d’une voix moins avinée. Le couteau de Bicri le dégrisait quelque peu.

Les Chaldéens, soldats et esclaves, se rangèrent, d’un air effaré, contre les parois de la tente. Bicri se mit à siffler la chanson de Benjamin et posa l’autre genou à côté du premier, sur la poitrine du Balazou.

« Tu m'étouffes, jeune homme, dit le Balazou d’une voix étranglée. Laisse-moi ; ce que je disais n’était qu’en plaisantant.

— Oh ! je t’étouffe, dit Bicri, ce n’est pas vrai. Je ne suis pas lourd.

— Par Nitsroc ! râla le Terrible, laisse-moi. Tu auras une splendide récompense. Je te ferai riche pour la vie.