— C’est l’affaire de l’amiral Magon, répondit Bicri. Ici comme à son bord, c’est lui qui est maître après Dieu.

— Allons, laisse-le un peu respirer, » dis-je à Bicri.

L’archer remit les pieds par terre, mais sans lâcher la barbe du Balazou et sans bouger son couteau. Le Terrible souffla bruyamment. Sa figure était pâle et moite de sueur. Il était tout à fait dégrisé.

« Chef de ces gens, dit-il d’une voix dolente, où es-tu ?

— Me voici, répondis-je.

— Oui, voici le rabougri, ricana Himilcon ; et moi, le vieux borgne, je suis son pilote. Et nous revenons du pays des Souomi, où on boit de l’huile de poisson, et nous avons fait le tour de la Libye tout exprès pour te couper la gorge. Cela t’apprendra à te griser sans rien offrir aux autres, entends-tu, homme de rien ! »

Disant ces mots, Himilcon arracha des mains d’un échanson la coupe pleine qu’il tenait, la vida d’un trait et la jeta au nez du Balazou.

J’arrêtai le bras d’Himilcon.

« Silence, pilote ! lui dis-je. Le seigneur Balazou a fait quelque méprise et ignore qui nous sommes. Ne venons-nous pas apporter des présents à son roi ? Ne sommes-nous pas ses serviteurs ? »

Le Terrible fit un furieux soubresaut. Le couteau de Bicri lui égratigna quelque peu la gorge.