« Eh bien, dis-je à l’eunuque, votre embarquement est fait ?

— Oui, répondit-il, et je regrette que tu n’aies pas choisi pour nous ce grand navire rond. Nous y eussions été plus à l’aise, et s’il était temps encore, au premier port de relâche on pourrait changer l’installation. C’est l’avis du capitaine Bodmilcar.

— Non pas, interrompis-je aussitôt. Je suis l’amiral chef de l’expédition et personnellement chargé d’amener la dame esclave au Pharaon. C’est sur mon navire et sous ma surveillance qu’elle restera. Le Melkarth est un transport et son capitaine n’a rien à y voir. Présentement, le roi t’a donné des lettres pour moi : où sont-elles ? »

L’eunuque ne répliqua rien et me tendit un coffret en bois de santal. Je l’ouvris et, y ayant trouvé les papyrus, je dis à mon trompette de sonner pour faire faire silence à tout le monde.

Au même moment, Bodmilcar s’avança et se jeta dans mes bras. Puis, élevant la voix :

« Je ne veux pas, s’écria-t-il, m’embarquer l’âme embarrassée, après avoir sacrifié au dieu Melkarth. Si j’ai eu des discussions avec quelqu’un et si j’ai montré de la colère, qu’il me le pardonne. Pour moi, je n’y pense plus. »

Hannon, lui prenant la main, la serra dans la sienne.

« Je puis t’assurer, Bodmilcar, s’écria-t-il, que je ne garde aucun souvenir de nos querelles, et je te jure de me conduire envers toi en fidèle compagnon et en scribe obéissant. Après ce que m’a dit Magon de ta personne, je n’ai jamais douté de ton bon cœur.

— Allons, dis-je à mon tour, maintenant tout est bien et nous nous embarquerons l’âme contente.

— Maudit soit, reprit Bodmilcar, qui cherchera des dissensions !