— C’est facile à comprendre, lui répondis-je. Tu vas venir visiter mes vaisseaux !
— Bien volontiers, s’écria le Chaldéen. Tout de suite, tout de suite.
— Doucement, lui répondis-je. En y allant, tu marcheras entre Hannibal et Chamaï, qui seront à tes côtés, l’épée nue pour te faire honneur. Et ton jeune ami Bicri marchera derrière toi, toujours pour te faire honneur. Et quand tu seras à mon bord, tu auras la complaisance d’y rester, jusqu’à ce que je me sois acquitté envers ton roi. Et souviens-toi de ce que te disait tantôt le jeune homme : que sur un navire phénicien, le capitaine est maître après les dieux.
— Je comprends, dit le Balazou en soufflant. Je comprends. Si j’appelle à l’aide jusqu’à tes navires, tu me feras poignarder, et quand j’y serai, tu me garderas en otage.
— Tout juste, mon cher ami, lui répondis-je. Tu as parfaitement compris.
— Tu es un habile homme et tes gens sont hardis ! soupira le Balazou.
— On a vu des petits rabougris et des vieux borgnes comme cela, dit l’incorrigible Himilcon. Dis donc, Balazou, ordonne donc à tes brutes de me donner encore une coupe de vin. »
Le Balazou ne répondit pas. Il ferma les yeux comme un homme qui réfléchit profondément.
« Oh ! ne te presse pas, dit Bicri en s’asseyant sur lui, prends toutes tes aises ; je ne suis pas fatigué.