— Jeune homme, s’écria le Balazou, qui décidément avait une profonde admiration pour les façons d’agir de Bicri, jeune homme, entre à mon service et je ferai ta fortune ! Tu es vaillant et tu me plais. Mais auparavant, ôte ton corps de dessus le mien, car tu es beaucoup plus lourd que tu ne crois »

Pour toute réponse, Bicri se mit à siffler une chanson des Kymris.

« Je m’amuse énormément, » dit Himilcon.

Après quoi, il arracha une outre de vin des mains d’un échanson et lui donna deux grands soufflets en échange.

« Voyons, dis-je, nous ne pouvons pas rester éternellement ici. D’un moment à l’autre quelqu’un peut entrer. Il faut te décider, Balazou. »

Le chef fit un mouvement. Bicri fronça le sourcil et appuya son couteau.

« Allons, dit brusquement le Terrible. Allons, vous êtes de braves gens. Après tout, c’est moi qui ai eu tort. Marchons ! »

Mes matelots ramassèrent leurs caisses. Hannibal et Chamaï se placèrent des deux côtés du Balazou, en lui dormant toutes les marques du respect le plus profond. Bicri le suivit en sifflotant, et nous accompagnâmes le cortége. Sur notre route les soldats se prosternaient devant leur général, ce qui me donnait intérieurement une forte envie de rire. Une demi-heure après, le grand Balazou mettait le pied sur le pont de l’Astarté, au milieu de mes matelots qui me saluaient cordialement, à la manière des marins phéniciens. Il n’avait pas prononcé une parole en chemin.

Sur notre route les soldats se prosternaient.