— Il ne faut rien dire de tout cela à Bodmilcar, appuyai-je. Je n’ai pas confiance en son serment et je crains quelque malice de l’eunuque.
— Oh ! reprit Hannon vivement, qu’il fasse ce qu’il voudra. Pour moi, j’ai fait un serment et j’y resterai fidèle. Je n’ai plus qu’un désir, c’est d’être au plus tôt à Tarsis, d’y courir les aventures et d’y faire des découvertes. Me voilà en passe de devenir un vrai marin, crois-moi, bon capitaine. »
Nous nous serrâmes la main. Je me sentais tous les jours plus attaché à Hannon. Quand je revins vers la compagnie, je trouvai Chamaï qui se disposait à descendre dans la barque, pour revenir à terre.
« Allons, bonne nuit, capitaine Chamaï, lui dis-je, et à demain, de bon matin.
— Bonne nuit, capitaine Magon, et toi, capitaine Hannibal, et toi, joyeux pilote. Bonne nuit, Abigaïl, mon joli pigeon, cria-t-il encore d’une voix retentissante, quand il fut dans la barque.
— Bonne nuit, Chamaï, mon agneau, » répondit de la cabine la voix rieuse d’Abigaïl.
En ce moment, l’eunuque, accompagné de Bodmilcar, mettait le pied sur le côté opposé du bateau.
« Il a une belle voix, ricana l’eunuque en se dirigeant vers la cabine ; il a les poumons puissants, mais le Pharaon trouvera peut-être mauvais qu’on fasse voir ses servantes à tout le monde.