Nous accostâmes en quelques coups d’aviron. Chamaï nous attendait avec impatience, et courut à la barque pour aider Abigaïl à descendre. On se dirigea tout de suite vers le village, à deux traits d’arc de la tour : il est bâti au milieu des figuiers sauvages et on y voit une assez belle citerne. Devant la meilleure maison étaient attachés deux chevaux et une douzaine d’ânes, les deux chevaux bien parés, la tête ornée d’un réseau de fils de lin écarlates, garni de pompons multicolores et de grelots, la bride brodée, la queue relevée et nouée par des fils écarlates. Les ânes avaient la crinière et la queue teintes de henné, comme il convient : c’étaient des montures bien harnachées.

« Ceci, dit Chamaï, est la maison de Bicri, un de mes hommes d’armes, que j’emmène pour faire ce voyage. Ce jeune homme est vigoureux et adroit au maniement de l’arc, de l’épée et du bouclier. Il connaît aussi très-bien la manière de faire le vin, ayant été vigneron dans la montagne. »

Bicri parut et nous salua. Avec lui était un autre homme et une jeune femme.

« Celui-ci, dit Chamaï, est Barzillaï, chef d’une de mes dizaines, et avec lui est Milca, sœur de Bicri, femme de Barzillaï, qui excelle à faire des gâteaux de miel.

— Très-bien, dit Hannibal. Emmènerons-nous aussi Barzillaï et sa femme Milca, pour qu’elle nous fasse des gâteaux de miel ?

— Barzillaï ne désire point voyager en mer, répondit Chamaï.

— C’est dommage, observa Hannibal.

— Et qui commandera ici pendant que tu vas nous conduire à Jérusalem ? demandai-je à Chamaï.

— C’est Barzillaï, répondit-il, dans lequel j’ai mis ma confiance.