— Des Syriens, s’écria Bicri ! Qu’est-ce que des Syriens ? Nous avons battu ceux de Tsoba et ceux de Damas, et notre roi les a faits ses esclaves. Quels hommes êtes-vous ? Des puces, des chiens crevés.
— Parle-nous, dit Chamaï, des Philistins de Gaza et d’Askalon, ou des Iduméens du sud : encore que nous les ayons vaincus et assujettis, ce sont des guerriers et des hommes forts. Mais des Syriens ! J’avais pour coutume d’en enfiler une douzaine dans ma lance et de les emporter sur mon épaule.
— Chamaï, remarqua Hannibal, est un homme rempli d’esprit et qui fait des mots très-bons et très-plaisants. Il sera un compagnon divertissant pendant notre voyage.
— Les femmes pourront-elles sortir ? dit Barzillaï.
— Abigaïl, qui est du pays, pourra courir avec Milca, si elle veut. Mais l’Ionienne ne doit pas sortir jusqu’à mon retour.
— Bien, dit Barzillaï. Ma femme fera en sorte qu’elle passe agréablement son temps.
— Je lui apprêterai autant de gâteaux qu’elle désirera et des pâtes frites dans l’huile aussi, » déclara Milca.
Les choses étant ainsi réglées, nous prîmes place dans la maison pour manger un peu avant notre départ. Barzillaï s’étant engagé à faire nourrir dans le village quinze hommes, Hannibal envoya chercher quinze de ses archers à bord, qui, joints aux hommes d’armes de Barzillaï, faisaient une garde suffisante. Je fis informer en même temps Himilcon, Amilcar, Asdrubal et Gisgon de ma résolution. Tout coup de tête de la part de Bodmilcar et toute machination de l’eunuque étaient ainsi prévenus.
Celui-ci ne voulut pas manger avec nous et se retira sur les vaisseaux. L’Ionienne se rendit dans sa chambre avec Milca qui ne tarda pas à revenir pour nous apporter de ses fameux gâteaux au miel. Il y en eut trois pour chaque convive, mais Abigaïl et Chamaï étaient tellement contents de se revoir et causaient tellement qu’ils oublièrent les leurs et qu’Hannibal les mangea pour eux.