— Oui, oui, dit Hannibal, les Philistins étaient là-haut, sur les hauteurs à notre droite et voulaient attaquer le château par devant nous. Mais le roi, descendant dans la vallée, leur épargna la moitié du chemin et monta ensuite sur les hauteurs en les poursuivant. C’est dans la vallée que fut le fort de la bataille, et sur le versant, de l’autre côté des crêtes, que fut la fuite des Philistins et le carnage. »

Nous traversâmes la vallée des Géants, et sur le revers opposé Hannibal nous fit voir les trente pieux aigus auxquels le roi David fit attacher par la poitrine les trente chefs des Philistins faits prisonniers. Des débris de leurs squelettes y pendaient encore.

« Ah ! s’écria Chamaï, notre roi est un bon roi ! Aussi, quand son fils Absalom fit sédition contre lui, je pris le parti des gens du roi.

— Et moi aussi, dit Bicri. Et dans la bataille qui s’ensuivit, je perçai d’une flèche à travers les tempes Hothniel, fils de Tsiba, et je pris ses dépouilles. Voilà sa belle ceinture de fils d’hyacinthe que j’ai encore autour des reins. »

Nous continuâmes ainsi notre route, Chamaï, Hannibal et Bicri nous faisant voir les endroits remarquables. Des villes et villages près desquels nous passions, il sortait bon nombre de gens qui, nous reconnaissant pour Phéniciens à nos habits, couraient après nous, nous offrant du lait, des raisins secs, des figues, du vin et d’autres rafraîchissements, et nous demandaient si nous n’avions rien à vendre. Mais Bicri leur répondait :

« Allez à Jérusalem, frères, car nous y allons, ou descendez à Jaffa, car nous en venons. C’est là que vous trouverez nos marchandises. »

Les bergers, ayant des troupeaux de belles chèvres, venaient aussi nous parler, mais nous n’achetâmes rien d’eux, sauf deux fromages, qu’ils font excellents dans ce pays, et des rayons de miel qu’ils nous vendirent pour quelques zeraas. Des jeunes filles, pendant que nous mangions nos fromages à l’ombre d’un chêne, vinrent nous apporter dans leurs cruches de l’eau très-fraîche. Hannon leur donna quelques perles de verre qui les comblèrent de joie.

Peu avant le coucher du soleil du deuxième jour, nous arrivions à Jérusalem, ville forte, bâtie avantageusement sur un plateau escarpé. Les beaux jardins d’oliviers qui entourent cette ville, la blancheur de ses murailles, les dômes nombreux qu’on voit dans le feuillage des faubourgs, font une impression agréable. De loin on voit la ville comme bosselée de dômes et de terrasses, car elle est bâtie sur un terrain fort inégal. Après avoir passé un chemin qu’on voit se perdre au loin du côté du désert, et qui est bordé par le torrent de Kidron, nous franchîmes une dernière montagne couverte d’oliviers, puis un ravin, et nous montâmes par une rue assez large, où trois cavaliers peuvent aller de front. Cette rue est dallée, bordée de maisons bâties en briques et de jardins entourés de petits murs de torchis. A la nuit, Chamaï qui avait galopé devant, en laissant Bicri nous conduire, nous attendait sur la porte d’un grand jardin, au fond duquel était une belle maison de briques à deux étages. C’était la maison de Hira, un des principaux officiers du roi, chargé de recevoir les ambassadeurs étrangers. Les esclaves vinrent tout de suite à notre rencontre, prirent nos bêtes et transportèrent nos bagages dans une grande salle basse, où ils nous apportèrent de l’eau pour nous laver les pieds. Hira vint après nous souhaiter la bienvenue et nous fit apprêter à manger. Je lui appris qui j’étais et pourquoi je venais, et lui fis voir la lettre du roi Hiram au roi David : il l’éleva sur sa tête en signe de respect et me promit de prévenir le roi de mon arrivée, dès le lendemain matin.