De loin on voit la ville.

Tout de suite après le repas, je préparai mes présents pour le roi David. Je choisis une tunique de dessous du lin d’Égypte le plus fin, teinte en hyacinthe, une tunique de dessus en pourpre, avec le tour du cou brodé de fleurons, les manches brodées pareillement et tout le pourtour garni de franges d’argent. Je pris une ceinture ornée d’orfévrerie, ouvrage égyptien curieux à voir, et le coulant de ceinture était une tête de lion en or avec des yeux d’émail. J’avais acheté quatre ceintures pareilles à un artiste égyptien, pour en faire présent à des rois. Je pris aussi une coupe à deux anses et à pied, en argent, avec des incrustations d’or relevé en bosse et figurant des fleurons et des grappes de raisin. Je déposai le tout dans un grand coffre en bois de santal qui vient d’Ophir, incrusté de filigrane d’or et de petits morceaux de nacre. Enfin, sachant que le roi se plaisait à la musique et jouait des instruments lui-même, j’ajoutai à tout cela une harpe en bois de santal, une harpe à trois cordes, et le bois était orné de pompons multicolores et surmonté d’un oiseau en or, le bec ouvert et les ailes étendues. Cette harpe venait pareillement d’Ophir et n’avait pas de semblable en Phénicie. Je l’avais eue de Khelesbaal, capitaine sidonien, auquel la reine d’Ophir l’avait donnée, pour le récompenser de lui avoir construit des navires tenant la pleine mer.

Le lendemain, Hira vint de bon matin m’annoncer qu’il se rendait chez le roi. Je lui fis voir les présents et il fut émerveillé. Il m’assura qu’ils seraient tout à fait trouvés agréables et que le roi attendait mon arrivée avec impatience. Deux heures après, des esclaves du palais nous amenèrent un veau pour nous régaler, de la part du roi David. Ils portaient aussi des pains, des gâteaux, des fromages, des figues, une grande jarre d’olives et une très-grande jarre de vin d’Helbon. L’un d’eux ayant demandé qui était l’ambassadeur d’Hiram, je me nommai.

« Le roi, me dit cet homme, m’a chargé de te mener devant lui, toi et ta suite. Viens donc à présent. »

Mes deux matelots prirent le coffre où étaient les présents destinés à David, Hannibal revêtit sa cuirasse et coiffa son casque, Hannon passa son écritoire dans sa ceinture, et nous partîmes, à la grande joie de Chamaï et surtout de Bicri, qui n’avait jamais vu le roi.

« Il a fait bien du mal aux enfants de Benjamin dont je fais partie, disait-il. Mais il a réparé ce mal par ses bontés envers la descendance du feu roi Saül, et il est l’honneur et le rempart de toutes les douze tribus. Je suis content de le voir.

— Le mal qu’il a fait aux enfants de Benjamin, répondit Chamaï, il l’a fait contre son cœur. N’était-il pas l’ami de Jonathan, fils du roi, et le mari de Mical, sa fille ? Et n’a-t-il pas pleuré le feu roi, et ne l’a-t-il pas vengé ?

— C’est un roi très-vaillant, dit Hannibal, et qui connaît les choses et l’art de la guerre. Et son général Joab, fils de Tsérouia, est un bon général. Leurs faits d’armes à tous deux sont illustres et mémorables. »

Nous marchions par des rues étroites et montueuses, toujours entourées de jardins et de maisons à un ou deux étages. Les gens qui nous voyaient accompagnés des serviteurs du roi, qu’ils connaissaient à leurs habits, lesquels sont blancs, bordés d’hyacinthe, nous saluaient en passant : ce qui nous fit voir que le roi était très-respecté de son peuple.

Après avoir traversé un quartier de la ville qui s’appelle Millo, nous arrivâmes à un canal qui sort vers la campagne et qui est dominé par une élévation du plateau nommée Sion. Tout l’espace entre Sion et Millo a été bâti de maisons neuves par le roi David et, de ce côté, le mur d’enceinte porte encore la brèche qu’y fit le roi quand il prit la ville sur les Jébusiens. Sur la hauteur de Sion est la forteresse que le roi prit aussi et dans laquelle est bâti son palais. Ce palais a été construit dans une cour intérieure par des architectes tyriens : il est à trois étages avec un dôme au milieu, entouré de terrasses. On y a employé pour matériaux le bois de cèdre et la pierre de taille, et des deux côtés de la porte sont deux belles colonnes de bronze. A la droite de l’une d’elles, on voit contre le mur le banc sur lequel le roi vient s’asseoir quand il rend la justice au peuple, et deux potences toutes neuves. Derrière le palais sont des jardins où se trouvent des constructions plus basses, dans lesquelles habitent les femmes du roi.