« Allons, sonnez maintenant tous les deux, mais sonnez fort, aussi fort que vous pourrez. »
Aussitôt les deux combattants embouchèrent leurs trompettes et en tirèrent des sons éclatants. Bientôt le son enfla, grossit, et l’on vit les deux sonneurs, les joues gonflées, le cou tendu, s’animer et se défier. Au bout d’un quart d’heure, les yeux du sonneur d’Hannibal commençaient à lui sortir de la tête et il donnait des signes de fatigue. Les veines du cou de Jonas étaient devenues grosses comme le doigt, mais il soufflait avec aisance. La musique du sonneur d’Hannibal dégénérait en beuglements. Celle du géant hurlait à nous déchirer les oreilles. Au bout d’un autre quart d’heure, la trompette d’Hannibal poussa un dernier gémissement plaintif et le sonneur se laissa tomber sur une pierre, affaissé et étouffé. Jonas tira de son instrument des mugissements de triomphe, le nez en l’air et le poing sur la hanche. Il avait l’air parfaitement à l’aise.
Jonas, le sonneur de trompette.
« Assez, assez ! criâmes-nous au vainqueur.
— Qu’on lui apporte la plus grande des casaques rouges qu’on pourra trouver, dit Hannibal ; il l’a bien gagnée.
— Est-ce que tu m’emmènes ? dit Jonas.
— Oui, oui, » s’écria Hannibal.
Himilcon tourna autour du sonneur pendant qu’il endossait sa casaque, en faisant craquer toutes les coutures.