« Je serais curieux de voir ce que ce bœuf peut avoir dans la poitrine, dit-il. Je n’ai jamais entendu tonnerre pareil.
— J’ai soif, voilà ce que j’ai, » tonna le géant.
On lui apporta une énorme coupe de vin.
« Est-ce là ce que vous appelez une coupe de vin, vous autres ? cria-t-il après l’avoir engloutie. C’est ce qu’on donne aux petits enfants de ma famille. Ma soif est plus grande que cela. Donnez-moi quelque cruche ou quelque baril, que je puisse boire.
— Cet homme est étonnant, dit Himilcon, en faisant remplir de nouveau la coupe et en le regardant avec une admiration mêlée de terreur ; mais il nous coûtera cher à nourrir et à désaltérer. »
Là-dessus, le chargement étant fini, nous commençâmes à nous embarquer, après avoir fait nos adieux à nos hôtes et les avoir cordialement embrassés. L’Ionienne embrassa tendrement Milca, qui lui avait prodigué les soins et les gâteaux, et Abigaïl, ayant jeté un long regard sur les montagnes de son pays, quitta la plage la dernière.
Le lendemain soir de notre départ de Jaffa, nous passions au large de la pointe de Péluse, facile à reconnaître à un bouquet de palmiers qu’on distingue de loin sur la côte plate et basse, et nous dirigeant directement vers l’ouest, par une mer un peu houleuse qui incommoda beaucoup nos nouveaux passagers, nous aperçûmes vers le midi du lendemain, l’eau trouble que produit la décharge des embouchures du Nil.