« Traverse à nous ! » criai-je de toutes mes forces.
A quatre portées d’arc derrière nous, je vis hisser les fanaux du Cabire, et j’entendis la voix de son capitaine et le bruit des matelots qui se dépêchaient de le pousser à l’eau. Quelques instants après, j’entendis les rames d’un grand navire, je vis les fanaux s’approcher rapidement, et le Dagon, sortant de l’ombre, arriva bord à bord avec nous. Je vis tout de suite Asdrubal, debout sur le bordage.
« Et le Melkarth ? lui criai-je immédiatement.
— Le Melkarth ? je ne sais pas où il est, me répondit Asdrubal.
— La proue à droite ! commandai-je aussitôt, les trois navires ! »
Le Dagon piqua directement sur la rive gauche, j’y arrivai obliquement, et le Cabire, passant devant moi sur mon ordre, y courut à toute vitesse, descendant vers le sud, pour remonter ensuite vers le nord en longeant la berge.
Pendant que nous traversions, je vis qu’Hannibal avait fait prendre les armes à ses hommes. En même temps, et à ma grande surprise, dans un moment pareil et avec ce tumulte, les Égyptiens ne donnaient pas signe de vie. Tous leurs feux étaient éteints, et je ne voyais plus leurs croiseurs.
Nous arrivâmes à la rive gauche avec précaution dans cette obscurité. Le Cabire la redescendit jusqu’à nous : il n’avait rien vu. Nous descendîmes tous les trois encore l’espace de deux stades : rien. Il n’y avait même plus de navires égyptiens. Ce n’est qu’en descendant encore un stade environ, près du débouché dans la mer dont on entendait déjà bruire les flots, que nous faillîmes nous heurter à une masse noire qu’on apercevait à peine dans l’ombre.
Du milieu des ténèbres, une voix forte nous cria en langue égyptienne :
« On ne sort pas des embouchures la nuit. Retournez à vos mouillages, gens phéniciens.