— Nous n’avons pas envie de nous sauver comme des voleurs, répondis-je aux Égyptiens. Mais on nous a coupé nos amarres et nous dérivons. Un de nos navires a disparu.

— Par ordre du Pharaon, on ne bouge pas cette nuit, reprit la voix égyptienne. Retournez à la rive droite, et remettez d’autres amarres. On verra au matin. »

Il n’y avait rien répliquer. J’envoyai la barque mettre des hommes à terre avec des torches, et, après beaucoup de peine, nous retrouvâmes un mouillage. Nous venions de nous y placer quand une voix haletante cria, du milieu du fleuve, en langue phénicienne :

« Au secours, Sidoniens ! »

En quelques coups de rame, la barque se dirigea vers le point d’où partait la voix.

Un second appel retentit, plus près de nous, et peu d’instants après, la barque vint à mon bord, et on hissa sur le pont un de nos matelots à demi mort, ruisselant d’eau, la tête fendue en deux ou trois endroits et le visage ensanglanté.

« Trahison, capitaine ! s’écria ce matelot en chancelant, trahison ! Nous sommes trahis, Bodmilcar nous a trahis ! »

Il n’eut pas la force d’en dire davantage et tomba épuisé sur le pont. Je le fis aussitôt étendre sur un tapis, Abigaïl lui frotta le visage avec de l’onguent et Himilcon lui fit avaler un peu de vin. On put ainsi lui faire reprendre ses esprits et un homme le soutint pour qu’il parlât plus facilement.