Je fis venir Amilcar à mon bord, pour tenir conseil avec Himilcon et lui.

Le conseil de guerre.

« Voici, dis-je. Ils nous poursuivront certainement. Comme ils ont des haleurs tant qu’ils veulent, ils remonteront la branche orientale du Nil, puis redescendront la branche occidentale, et ressortiront ensuite, soit par la bouche de Canope, soit par celle du Phare ; par terre, il leur est facile d’envoyer des courriers dans ces deux directions, pour qu’on nous y crée des obstacles. Le Pharaon a sans doute des vaisseaux à Canope et au Phare. Nous ne pouvons pas y être avant au moins vingt-quatre heures, en marchant à toute vitesse. Avec leurs courriers et leurs relais, ils auront prévenu déjà demain matin. De plus, nous n’avons presque plus d’eau. Hier soir, nous aurions dû en faire : mais enfin je ne m’attendais pas à tout cela et la bagarre nous a surpris.

— Nous avons du vin, insinua Himilcon.

— Mon avis, dis-je en haussant les épaules, est que nous fassions de l’eau à la bouche la plus proche, celle de Sebennys, où ils ne songeront pas à prévenir, car ils ne pensent pas que nous osions si tôt revenir à terre, et leur plus court, pour nous poursuivre, est de sortir par Canope ou par le Phare. Dans deux heures, nous serons à l’eau douce ; dans deux autres heures notre provision sera faite. Le point est une petite localité ; si on y est prévenu, eh bien, on prendra de l’eau de vive force.

— C’est bien vu, dirent Amilcar et Himilcon. Et après ?

— Après, repris-je, Bodmilcar sait très-bien où nous allons, Tarsis. Il est homme à nous suivre jusque-là. Faut-il y renoncer, parce que nous n’avons plus le gaoul et la plus grande partie des marchandises ?

— Non, non, par Astarté, dame de la mer ! s’écrièrent mes lieutenants.

— S’ils nous manquent à Canope et au Phare, ils vont nous suivre tout le long de la côte, guettant une occasion favorable. Bodmilcar a dû recevoir des renforts du Pharaon, pour prix de sa trahison : Ils ne peuvent manquer de nous rattraper, d’une façon ou de l’autre.