« Où allons-nous ? me dit Hannon, voyant que nous changions notre route.
— Dans le pays de ta Chryséis, lui répondis-je. Allons, qu’on apporte les plats. J’ai faim. »
Nous nous assîmes joyeusement sur l’arrière. Tout le monde était content, y compris les matelots et les soldats qui avaient reçu une ration de vin pour fêter la victoire du matin. Notre cercle était grand maintenant, avec Chryséis et Abigaïl qui mangeaient en notre société.
« Il paraît, dit Hannibal, que nous changeons d’itinéraire et que nous allons dans la grande Ile ?
— Tout juste, répondis-je.
— Et qu’est-ce qu’on voit dans cette grande île ? demanda Chamaï ; est-ce l’île de Kittim ?
— Non, c’est une autre ; et pour ce qu’on y voit, je t’apprendrai qu’elle est remplie de hautes montagnes, qu’on y trouve des boucs sauvages dont les cornes sont aussi grandes que celles des bouquetins de l’Arabie, et que les habitants sont fort habiles archers.
— Bon, dit Chamaï, Bicri trouvera à qui parler. Et quels peuples sont ces sauvages ?
— Ce sont les Phrvgiens et les Doriens, hommes grands, blancs et beaux de visage, et bien faits de corps. Ils savent bâtir des villes, et les Sidoniens ont des comptoirs et des marchands parmi eux. On y va par Kittim et l’île de Rhodes, pays des Rhodanim, et la langue des Doriens est la même que celle que parle Chryséis.
— Ah, vraiment ! s’écria Chamaï, qui s’était pris d’affection pour Chryséis ; je suis content que les Doriens soient parents des Ioniens et que Chryséis trouve des gens de sa nation. Savent-ils faire la guerre, Hannibal ?