— Ma foi, dit celui-ci, je ne connais pas ce peuple. »
Chryséis, en se faisant aider un peu par Hannon, nous apprit que les Doriens, comme les Ioniens des îles et ceux de la terre ferme qui s’appellent Achéens, sont braves à la guerre et vigoureux à manier les armes, et qu’ils avaient fait de grandes guerres et conquêtes.
« Que le monde est donc vaste ! s’écria Hannibal. Voici un peuple que je connais à peine de nom, et je ne sais pas même l’histoire de ses batailles. Présentement, nous le verrons, et je m’en réjouirai. N’est-ce pas de Crète que viennent les épées de Chalcis ?
— Non, lui dis-je en riant ; les épées de Chalcis viennent de Chalcis, une autre île, où les Phéniciens exploitent le plus beau cuivre et le plus propre à recevoir la trempe.
— Demande donc à la belle Chryséis, dit Hannibal à Hannon, quelle est la tactique et l’ordonnance des Ioniens et des Doriens, comment ils partagent et disposent les troupes de leurs gens de guerre, et comment ils les soldent.
— Que veux-tu qu’une femme sache de tout cela, capitaine Hannibal ? lui dit Abigaïl. C’est affaire aux hommes. Une femme sait que les hommes de son pays se battent fort et courageusement, qu’ils défendent la ville et les champs, et quand ils reviennent de leurs guerres, elle sait quel butin ils rapportent et les noms des plus vaillants, — et c’est tout. »
Chryséis approuva en souriant, et nous dit les noms de rois et de capitaines vaillants dans son pays. Je l’entendis nommer un roi qui s’appelait Agamemnon, et un autre, Achillis — ou Achillès, et un autre aussi Aïak. Elle nous dit aussi qu’il y avait eu dans son pays deux fameux rois, qui avaient navigué extraordinairement et étaient experts en la navigation, et que l’un s’appelait Jason, et l’autre Odyssous.
« Oh ! pour ceux-là, dit Himilcon, ce seront quelques marins d’eau douce qui se seront traînés le long des côtes, d’une île à l’autre, aussi loin qu’un trait d’arc par jour. Je connais leurs canots. Je n’en voudrais pas pour aller de Sidon à Kittim, et leurs gens ne savent même pas lire leur route dans les étoiles. »
Chryséis avoua que dans son pays elle n’avait rien vu qui fût comparable, même de loin, aux navires des Phéniciens, et que les Phéniciens étaient vraiment semblables à des dieux marins.