Fraternité de sang et de race ;
Fraternité de langage ;
Fraternité par l’habitation de leurs dieux et les sacrifices qu’ils demandent, parce que les douze tribus ont les mêmes dieux ;
Fraternité de coutumes et de caractères.
Tous les Helli envoient à Dodone, et peut-être à Delphi, leurs plus sages Anciens et Chefs, qui jugent leurs différends communs. C’est là qu’ils prêtent un serment et jurent de ne détruire aucune ville de celles qui sont entrées dans le serment et la fraternité, de n’empêcher aucune de ces villes de communiquer avec l’eau courante ; de punir par la main et le pied ceux qui feront chose pareille. C’est ainsi qu’ils jurent.
Leur plus grand dieu est Dzeus, qui habite à Dodone. Ils croient que c’est le même que le Dzeus des Lélèges et des Pélasges, que les Kurètes de la Crète honorent par des danses, chants et hurlements. C’est un dieu comme Baal Chamaïm, dieu des cieux et des éléments de l’air, fils du temps, du ciel et de la terre. C’est lui aussi qui, sous la forme d’un taureau, porta la déesse des Phrygiens, Europê, dans cette île de Crète ; les Doriens ont sur le versant sud des montagnes, dans la vallée du petit fleuve Léthé, une ville qu’ils appellent Hellotis ou ville des Helli, que je n’ai point vue. Ils disent que dans cette ville, à côté d’une source, est un platane sous lequel se reposèrent Dzeus et Europê. Dans l’île est encore une autre ville, Knosse, que je crois fondée par les Phrygiens, et où Dzeus habite aussi.
Le plus grand dieu des Helli, avec Dzeus, est Apollo, devin et lanceur de flèches. C’est le dieu particulier des Doriens, qu’il a conduits sur mer sous la forme d’un dauphin, et il habite à Delphi. C’est là qu’il prédit l’avenir et révèle toutes choses ; c’est pourquoi il s’appelle le Pythien ou devin. Peut-être est-il le même que le Baal Chillekh, dieu lanceur de flèches, que nous connaissons en Phénicie et est-ce nous qui avons appris à l’honorer aux Helli. Ainsi penseraient-ils qu’il est un dauphin, leur ayant enseigné la navigation.
Ils révèrent aussi Hermès, dieu mystérieux des forces cachées de la nature, et à moins qu’ils ne l’aient connu des Égyptiens, je pense que ce dieu les a protégés et s’est fait connaître à eux de toute antiquité.
Les Kydoniens leur ont appris le culte d’Artémis, et nous leur faisons tous les jours connaître Astarté, qu’ils apprennent ainsi à vénérer par-dessus les autres.
Pour ce qui est de Baal Zébub, de Baal Péor, de El Adonaï, de Kémos, ils ne les connaissent point, ni les Cabires non plus. Ils ne savent pas même reconnaître les Cabires au ciel et ne naviguent point les yeux fixés sur le septième Cabire, qui est le pôle autour duquel tournent les autres étoiles. Aussi ce sont des marins timides qui n’osent pas perdre la terre de vue et rampent péniblement le long des côtes, sur leurs grandes barques non pontées, mal construites, mal lestées, mal gréées, et manœuvrant aussi pitoyablement à la voile qu’à la rame. Le moindre gros temps, le plus faible courant, sont des obstacles pour eux. Ils ignorent les distances et la figure des terres. Pour la navigation, ils sont tout à fait sauvages.