— Non. Leurs hommes forts ont voulu s’essayer avec moi, et je les ai terrassés l’un après l’autre. Alors ils m’ont donné un veau. S’ils veulent m’en donner toujours ainsi, je les terrasserai tant qu’ils voudront. Tant qu’ils auront des veaux, je ne me las- serai pas de les terrasser ; c’est un fameux pays ! »
Là-dessus, voyant le roi des Doriens accompagné d’un troupeau de bœufs, Jonas lui cria :
« Si tu veux me donner un bœuf, je te renverserai et je te battrai dos et ventre ; et pour deux bœufs, je te casserai bras et jambes. »
Le roi, qui ne comprenait pas le phénicien, demandait ce que disait Jonas. J’eus beaucoup de peine à faire taire l’obtus sonneur de trompette et à lui faire comprendre sa sottise.
« Puisque c’est leur plaisir d’être jetés par terre, disait-il, et qu’ils vous donnent de bonnes choses à manger quand on les bat ! Quel beau pays que ce Dodanim ! si je m’avisais de battre quelqu’un de la tribu de Dan, ou de Juda, il me frapperait avec son couteau. Chez nous, on donne des coups de couteau, et ici on donne des veaux. Je suis bien content d’être venu : c’est un fameux pays ! »
Cette nuit-là, le vent se mit à souffler des régions du nord et du nord-ouest, mais non point assez fort pour nous inquiéter sur notre départ. Au matin, les Doriens étaient bien étonnés quand ils nous virent nous préparer à prendre la mer ; avec leurs canots, ils n’auraient jamais osé le faire.
« Allez-vous donc partir maintenant, contre la volonté du vent et des flots ? nous dit celui de leurs chefs qui savait un peu le phénicien.
— Sans doute, lui dis-je.
— J’aurais dû penser, fit-il, que vous êtes arrivés par cette tempête épouvantable et qu’il fallait être des demi-dieux comme vous pour conduire sûrement vos noirs navires sur cette mer déchaînée. La nuit où la tempête était dans son fort, vous étiez sur les flots furieux.
— Nous y étions assurément, homme Dorien, lui dis-je, et nous tenions tête aux coups de mer, comme doivent le faire des enfants d’Astarté et des Cabires.