— A telles enseignes, ajouta Himilcon, qu’au milieu de la tempête, l’eau salée m’ayant fort altéré, les Cabires m’envoyèrent une outre du meilleur vin.

— Les dieux marins protégent les Phéniciens, qui sont leurs enfants, s’écria le chef ; je le sais, je le sais. Je les ai vus, dans cette terrifiante tempête, voler au sommet des flots, à la lueur des éclairs. Oui, j’ai vu leur char qui courait sur la crête des vagues, pour aller à votre secours, et je me le rappellerai toute ma vie.

— Et comment est-il fait, le char des dieux ? exclama Himilon, surpris à son tour.

— Tu le sais bien, dit le chef d’une voix émue. Il est fort élevé, et rond, en formé de coquillage multicolore, et des monstres marins le traînent sur les lames, blanches d’écume.

— Il a vu le gaoul de Bodmilcar, dis-je à voix basse à Himilcon. A la lueur des éclairs, il lui aura paru de toutes les couleurs.

— Si je pouvais tordre le cou à ce dieu marin là, me dit Himilcon de même, je consentirais bien volontiers à boire de l’eau pendant un mois. »

En ce moment, je vis qu’Amilcar, Gisgon et quelques autres examinaient attentivement des épaves que la mer jetait sur la plage. J’allai les voir avec eux, et nous reconnûmes des débris du couronnement de poupe et de l’avant d’un navire.

« Ce n’est pas un phénicien, pour sûr, dit Amilcar en me montrant les débris de chevillage que conservait une planche.

— Non, lui répondis-je, et je me tromperais fort si ce n’était pas un égyptien. Voilà bien leur manière d’assembler les planches, avec des chevilles sans taquet, et leur épaisseur de bois.