— Et tiens, dit Asdrubal, tiens, le cou d’oie, là-bas : c’était un égyptien.

— Vraisemblablement, Bodmilcar en a emmené en sa compagnie, dis-je aux autres. La partie de plaisir a mal commencé pour eux et paraît s’être terminée dans ces parages.

— C’est bien fait, dit Gisgon. Mais je mentirais si je disais que j’en souhaite autant au tyrien. Il a les trois quarts des marchandises dans ses flancs, et si nous le rejoignons, je tiens à le rejoindre non endommagé. La destinée de ces coquins étant de périr, je suis d’avis qu’une bonne corde est préférable pour eux à vingt-quatre heures de séjour au fin fond de la mer. Voilà ce que je pense.

— Et tu penses bien, lui dis-je. Présentement, embarquons. Nous allons dans l’île des Sicules, voir si tu n’y retrouverais pas par hasard tes oreilles, et jusqu’à ce que le vent change, il va falloir courir des bordées et louvoyer comme des hommes. »

Au moment où l’on terminait les préparatifs du départ, le roi dorien, qui se trouvait là en compagnie de tous ses gens, vint à moi brusquement, et comme quelqu’un qui a des choses importantes à dire :

« Tu es un Phénicien, un roi des navires et de la mer, me dit-il. Moi je suis un Dorien, un roi des peuples. Nous pouvons nous entendre. Tu vois ces bœufs, ces chevaux, ce char, tout cela est à moi. Je commande à trente villages et douze mille guerriers. Je suis puissant et favorisé des dieux.

— Il a quelque chose à me demander, celui-là, » pensai-je.

Regardant autour de moi, je vis nos vaisseaux tout prêts, quarante hommes d’Hannibal à terre, outre Hannon, Chamaï, Bicri et Jonas ; Abigaïl et Chryséis ne comptant pas ; et autour du roi, une trentaine d’hommes à lance.

« Bon, pensai-je encore. En tout cas, il ne me le prendra pas de vive force.

— Roi des Phéniciens, reprit mon Dorien, veux-tu me vendre la Pilegech qui est ici, Chryséis l’Ionienne ? Je t’en donnerai ce ce que tu voudras. »