Hannon fit vivement deux pas en avant. Je le retins.

« Roi des Doriens, répondis-je, Chryséis n’est pas à vendre. Toutefois parle-lui : si elle veut venir avec toi, je passerai marché. En considération de la bienveillance de ton peuple, je consens à te la céder, à la condition expresse qu’elle y consente elle-même. »

Hannon regarda Chryséis d’un air effaré, puis me regarda moi-même. Le Dorien s’avança vers elle, et élevant le bras, il lui dit :

« Fille hellène, sœur par le sang, veux-tu être la reine des Doriens d’Hellotis ? »

Chryséis, les yeux fixés à terre, ne répondit pas.

« Que Dzeus et Apollo le devin t’inspirent ta réponse, s’écria le roi. Vois, les filles des Doriens m’admirent quand je passe. Heureuse, disent-elles, la femme que Dzeus lui fera choisir ! Tu auras douze jeunes filles esclaves qui te serviront, et fileront la laine autour de toi. Tu choisiras ta nourriture parmi mes trois cents chèvres, et cinquante vaches te donneront du lait. Ma maison est bâtie en pierres, comme les maisons des Égyptiens, et j’ai dans un coffre des colliers et des épingles de tête en or que m’ont vendus des Phéniciens pareils à ceux-ci. Chryséis, tu seras honorée entre toutes les femmes des Doriens de la Crète ! »

Chryséis leva les yeux, et regarda le Dorien d’un air assuré. Puis, mettant la main sur l’épaule d’Hannon, elle dit fermement :

« Dzeus m’a donnée à celui-ci ; c’est avec lui que je veux rester. »

Le Dorien frappa du pied avec dépit.

« Ce n’est qu’un petit parmi les Phéniciens, et je suis un grand roi parmi les Hellènes ! s’écria-t-il.